UNE MAGNIFIQUE ANNÉE 2026
L’ensemble du Comité d’Administration se joint à moi de tout cœur pour vous souhaiter UNE MAGNIFIQUE ANNÉE 2026, et remercie chacun de vous de cheminer à nos côtés !
Vous trouverez, au fil de la Newsletter, les événements que nous avons déjà ensemencés pour vous ! Le premier, la JOURNÉE SÉMANTIQUE du 24 janvier, est un arbuste déjà robuste grâce à :
- Des travaux menés par une commission de recherche Ostéopathes De France,
- Trois mémoires d’ostéopathes dans un cursus universitaire d’éthique ou de linguistique
- Deux universitaires spécialistes en linguistique et anthropologie.
Il est certain que nous, ostéopathes, devons participer à l’évolution des termes que nous utilisons afin de nous accorder avec l’avancée des connaissances. C’est grâce aux apports de tous que nous irons de l’avant, sans rien perdre du noyau de sens des termes, ni ce qui fonde la singularité de l’ostéopathie !
Le Noyau de sens, c’est justement le joyau que je garde précieusement du séminaire sur l’Empathie, la Compassion et la Fraternité.
Voici, pour vous, quelques points forts de ce que j’espère avoir compris correctement…
Pour introduire la méthodologie de la phénoménologie, Yan Plantier a commencé par un rappel des avancées majeures de Kant sur la métaphysique. À l’époque où les sciences trouvent leurs assises pour se différencier des croyances, Kant entreprend de mettre à jour le domaine du transcendantal, c’est-à-dire l’ensemble des structures invariantes, universelles et nécessaires de la connaissance.
C’est en continuant sur ces traces que le mathématicien et logicien Husserl deviendra le père de la phénoménologie. Il étudie, lui, non la forme des objets, mais la forme des raisonnements, la manifestation des choses à la conscience.
Nous voilà embarqués dans cet incroyable périple au cœur des processus de pensée : expliquer, n’est-ce pas déplier un noyau de sens ? Mais comment ? Il faut adopter une sorte de consentement à la passivité devant les mots et les idées et attendre avec patience qu’ils se remplissent des notions qui s’y déploient.
Un sens du mot surgit, subtilement d’abord, puis d’autres remplissent le mot peu à peu qui se met à diffuser du sens, comme un fourmillement de vie, pour finalement se rassembler et éclairer le mot d’un noyau de sens actif en nous.
Pour Husserl, la perception est inséparable de la mise en mots, car nommer aide à la clarté de la perception. En nommant, on crée un centre autour duquel on peut rassembler tous les éléments d’une perception.
C’est ainsi que nous avons plongé dans le noyau de sens de l’Empathie, de la Compassion et de la Fraternité… à la lumière de la phénoménologie.
Edith Stein, élève de Husserl, nous a tout d’abord emmenés dans les trois degrés d’accomplissement de l’empathie envers un ami en deuil : le surgissement du vécu, l’explicitation remplissante et l’objectivation rassemblante du vécu explicité.
Fermer les yeux et rester présents pour laisser ces mots nous remplir et se déposer en nous, se laisser habiter par les mots afin d’en découvrir un noyau de sens…
Mais n’y a-t-il pas là un chemin familier à notre vécu de travail ? Ne doit-on pas se laisser habiter par la sensation pour que la perception surgisse ? N’en va-t-il pas alors du même mouvement pour la phénoménologie et pour l’ostéopathie ?
Nouveau tournant dans notre voyage : l’empathie, très utile et séduisante, n’est pas sans danger. Tout comme Orphée a dû résister à l’envie de regarder Eurydice pour la ramener vivante du Royaume des morts, nous, ostéopathes, devons résister à la tentation de fusionner, par empathie, avec autrui dans sa souffrance, car cette fusion est trompeuse. L’empathie nous donne certes l’élan nécessaire à la sollicitude, mais la souffrance d’autrui ne s’origine pas en nous. Croire la connaitre est un leurre, pire, une illusion de toute-puissance. Nous l’imaginons seulement et notre intuition devrait questionner les mots du patient et son vécu, avant d’être tenue pour vraie. Oui, notre intuition empathique devrait être attentive à se tenir en doute !
Alors, que faire ? En fait, cet « être avec » de l’empathie s’accomplit mieux dans la compassion. Mais comment aller de l’empathie vers la compassion ? Dans une relation, la seule condition nécessaire pour que l’autre soit reconnu comme autre, c’est qu’il y ait du tiers. Et la forme première et fondatrice du tiers, c’est la loi, car elle reconnait l’ipséité de chacun et met entre soi et l’autre une distance irréductible. La loi permet la défusion parce qu’elle constitue un tiers séparateur et que le soignant est soumis à la loi. Au même titre que le patient, il doit y obéir.
La loi dit : « tu ne toucheras pas. » N’est-ce pas paradoxal en ostéopathie ? Ou peut-être que l’interdit du toucher porte sur un « trop » du toucher, c’est-à-dire qu’il s’agirait de toucher sans s’approprier l’autre, sa souffrance, ni la toute-puissance de s’en croire le maitre ? En fait, en interdisant la jouissance de la fusion, la loi de ne pas « trop » toucher permet à chacun de se réapproprier son ipséité, c’est-à-dire son statut d’individu, à part entière.
Le patient y gagne, car la fusion de l’empathie n’est évidemment que ponctuelle. La compassion étire la conscience du patient en nous. Nous ne l’oublierons pas en fin de séance. Les émotions et les affects ponctuels sont devenus des sentiments. Les soignants aussi y gagnent, car la loi leur rappelle l’interdit d’agir leurs pulsions, dont ils se croient toujours maitres, parfois à tort !
Être dans la compassion, c’est participer avec son cœur et son intelligence à ce que l’autre vit dans l’expérience de sa condition humaine. Cela ne consiste pas tant à prendre part aux éprouvés du patient qu’à son épreuve ; cela mobilise non pas nos affects, mais nos sentiments. On tente de comprendre ce que le patient vit, ses motivations, ses intentions. Qu’est-ce qui se joue pour lui, dans sa vie, avec cette épreuve ? L’accomplissement de la compassion ne sera pas tant de le comprendre, mais de le porter dans son épreuve.
On peut accompagner un patient par une présence. J’ai réalisé que cela signifie, pour moi, prendre des nouvelles d’un patient, régulièrement, parce que je sais qu’il est encore en souffrance, et même dix ans après, et même sans jamais le recevoir comme patient !
Dans la compassion, on prend en considération l’être en chemin, son impuissance, tout comme la nôtre, face aux accidents de la vie. La compassion nous permet de considérer l’être en souffrance, riche de toutes ses ressources et dans le potentiel de son devenir. Ce faisant, cela nous rappelle toute sa dignité.
Nous sommes arrivés, presque haletants, au cheminement commun dans la Fraternité… Je ne développerai pas ce point que nous vivons parfois en accompagnant plusieurs générations d’une même famille. C’est toutefois rare du point de vue professionnel, et puis… cet éditorial n’est-il pas déjà trop long ?
Merci à Yan Plantier pour le partage de ces richesses… Prenez bien soin de vous et à bientôt !
Chantal Ropars, Présidente de l’Académie d’Ostéopathie