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DE L’OBJECTIVITÉ À L’INTERSUBJECTIVITÉ, VERS UNE PHILOSOPHIE DE LA NATURE POUR L’OSTÉOPATHIE

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I.               Une Piste méthodologique pour la recherche en ostéopathie

Pour qu’il y ait recherche, il faut nécessairement qu’il y ait capacité de communication afin que quelqu’un, de rigoureux, puisse refaire la démarche et ainsi retrouver les résultats obtenus ou au contraire prouver qu’ils sont faux. Il n’y a pas de démarche scientifique sans une communauté de pairs qui vérifie l’exactitude, la vérifiabilité, la vraisemblance des résultats. En effet, nous avons vu qu’une théorie est scientifique parce qu’on peut chercher à montrer qu’elle est fausse : elle comporte en elle la falsifiabilité[1].

[1] Cf. Le concept de falsifiabilité chez Popper, note 5.

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Description

Fabien Revol

Docteur en philosophie, docteur en théologie, maîtrise de biologie – Coordinateur du Centre Interdisciplinaire d’Ethique – Directeur adjoint du laboratoire « Ethique Personne & Société » – Titulaire de la Chaire Jean Bastaire Pour une vision chrétienne de l’écologie intégrale Théologie, éthique et spiritualité – Enseignant Chercheur – Professeur associé à la faculté de théologie de l’Université d’Afrique Centrale – +33 (0)4 26 84 18 89 – 23 place Carnot | 69286 Lyon Cedex 02 cie-lyon.fr

Introduction : recherche fondamentale, recherche clinique

Qu’est-ce que la démarche scientifique ? C’est une méthode d’acquisition des connaissances du monde qui nous entoure selon des critères qui sont aussi vieux que l’histoire de la pensée. Les philosophes de l’Antiquité en ont jeté les prémisses, pensons en particulier à Platon, pour qui la science est la recherche de régularités, de ce qui est invariable et qui revient tout le temps selon l’ordre mathématique : cela fonde l’idée de reproductibilité des faits[1].

La mathématisation de la nature initiée par Platon fut reprise par Galilée au XVIe siècle avec une intuition géniale : il décide d’appliquer le calcul, utilisé pour comprendre la physique des objets astraux, aux objets physiques du monde sublunaire en partant du principe qu’il n’y aurait pas de différences[2]. Depuis, un objet de science doit être qualifié par sa possible quantification c’est-à-dire par une mesure. L’étape cartésienne reprend et poursuit le mouvement en appliquant la réduction des phénomènes naturels du compliqué au simple par l’analyse ; et la reconstruction du compliqué à partir des éléments simples par le mouvement de la synthèse, dans son fameux Discours de la méthode[3].

Claude Bernard apporte à la démarche scientifique au XIXe un séquençage des étapes de la méthode expérimentale qui sera normatif pour la suite de la recherche. Ainsi tout scientifique doit opérer selon la succession suivante : Observation, hypothèse, protocole expérimental, résultat, et interprétation qui confirme ou infirme l’hypothèse et permet l’établissement de la théorie[4].

Une des ultimes étapes du processus est celle qui permet de comprendre la nature du discours scientifique, en particulier avec la notion de falsifiabilité chez le philosophe Karl Popper[5] dans les années 1930. Toute théorie scientifique est vraie tant qu’on n’a pas démontré qu’elle était fausse. Seule la falsification, en prouvant que quelque chose est faux, apporte une certitude en science. Si un discours scientifique n’est pas potentiellement falsifiable, alors il n’est pas scientifique. Pour qu’une théorie soit falsifiable, les étapes qui ont amené à son édification doivent être reproductibles.

Ces critères ainsi formulés sont ceux qui sont mis en œuvre pour la médecine conventionnelle ou bio-médecine. Ceci étant précisé, je m’intéresse, toujours dans un propos introductif, à la recherche en ostéopathie. Faut-il appliquer ces critères ainsi rappelés à la recherche en ostéopathie ?

Cyril Clouzeau, Robert Meslé et Xavier Blusseau, sur Osteobio TV[6], ont un débat intéressant sur ce qu’est la recherche en ostéopathie, au sujet de la différence entre recherche fondamentale et recherche clinique. Pour les trois interlocuteurs, plus le présentateur, la recherche clinique est ce qui sert à prouver l’efficacité d’une pratique en évaluant un rapport de type statistique : celui de l’état de santé d’une population de patients avant et après avoir reçu un traitement. Ici on reste bien dans le registre de la quantification par une statistique descriptive et comparaison de cohortes qui permettent d’obtenir des données chiffrées objectivables. Or cela ne nous dit rien de l’ostéopathie si ce n’est que ça marche, et c’est déjà important.

Il commence à y avoir désaccord entre les interlocuteurs sur la signification de ce qu’est la recherche fondamentale. Pour Cyril Clouzeau, la recherche fondamentale serait à prendre sur le modèle des sciences humaines, et s’attacheraient à des tâches d’ordre épistémologique. Pour Xavier Blusseau il s’agit plutôt de la recherche compréhensive qui permet de comprendre pourquoi une pratique est efficace. Cette idée est ensuite confirmée par Robert Meslé. Je m’inscris plutôt dans ce deuxième état d’esprit pour la suite de cet essai : la recherche fondamentale sera ce qui sert à mettre en évidence les mécanismes thérapeutiques à l’œuvre. Pourquoi ? Me situant d’un point de vue extérieur à l’ostéopathie, et ayant travaillé quelques textes d’Andrew Taylor Still, je comprends que la connaissance de ces mécanismes devrait être l’objet des études d’ostéopathie. D’après le fondateur, la pratique de l’ostéopathie relève de la stricte observance des lois de la nature. L’ostéopathe devrait être ce philosophe véritable, interprète autorisé des lois de la nature bien comprises[7], celles qui me semblent être à l’œuvre dans l’efficience thérapeutique.

Autant la recherche clinique correspond bien à la rationalité scientifique, autant, si l’on s’interroge sur l’objet de l’ostéopathie comme contenu d’un savoir, je pense qu’il faut faire appel à d’autres registres de rationalité comme nous l’avons vu avec l’intervention de Jean-Marie Gueullette[8]. Conclusion partielle : la causalité de l’efficience thérapeutique ostéopathique et ses modalités ne peuvent être objet de science de manière absolue. Peut-elle cependant être étudiée selon certains critères de la scientificité ? Nous interrogerons dans un premier temps les représentations de la nature issues de la rationalité scientifique pour voir si cela correspond à celles de l’expérience ostéopathique. Nous nous interrogerons ensuite sur une piste épistémologique possible pour penser la recherche fondamentale en ostéopathie, pour enfin nous poser la question de la représentation de la nature qui pourrait en découler.

 

I. Avant de répondre, un problème fondamental de représentation

D’où vient le matérialisme ?